Traverser la tempete...

Publié le par Sparrow

Le lundi 4 décembre, nous quittons notre petit paradis enfoui dans la brousse pour reprendre la mer qui nous portera au lieu de nos retrouvailles avec la famille de Sébastien. La navigation a été bien préparée, la météo consultée via plusieurs sources, tout semble donc favorable au départ de Seizh Avel après cette longue inertie dans les bolongs dont la boue a encroûté sa coque, sans compter que les louanges des vieux du village de Nioumoune nous accompagneront durant le voyage. A vol d’oiseau et au près serré, ce sont 440 milles qui s’allongent devant l’étrave… Nous franchissons la passe qui marque la limite du delta du fleuve Casamance au milieu des déferlantes, une grosse houle vient briser sur les hauts fonds déposés par les alluvions, peu à peu le bel enthousiasme des départs s’estompe. Nous choisissons de remonter plein Nord vers Dakar, ce qui rallonge un peu la route mais nous permettra de rester à l’abri de la houle arrêtée au niveau de la presqu’île du Cap Vert, et de faire un meilleur cap vers l’archipel du même nom par la suite. Dès le premier soir, le vent ne cesse d’augmenter en s’établissant Est-Nord Est, nous avons déjà parcouru plus d’une centaine de milles vers le Nord et mettons le cap sur les îles du Cap Vert au petit matin. Nous attendons les bulletins météo avec angoisse – RFI nous annonçant chaque midi à quelle sauce nous serons mangés – et il semble que le menu de la semaine soit de force 7 à 8 avec rafales, et une mer forte à très forte par houle croisée de Nord Ouest… C’est l’Harmattan, terrible vent d’Afrique chargé de sable du désert, qui s’abat sur nous. La petite voile d’avant nous propulse à plus de 5 nœuds, vent et mer s’acharnant sur notre travers tribord. Des lames parfois monstrueuses éclatent contre la carène et balayent le pont sans pitié, l’une d’elles emportera d’ailleurs la petite tourterelle qui avait trouvé refuge auprès de nous dans la tempête. Depuis plusieurs jours déjà Sébastien ne quitte plus la mer des yeux, hébété et hagard, il a élu domicile dans le cockpit. Je le rejoins par intermittence pour lui apporter des biscuits ou du café, et lui permettre de somnoler 1 heure ou 2, la tête ballottant sur mon épaule. L’océan est déchaîné, nous avons verrouillé la descente car les vagues se font de plus en plus entreprenantes. La cigarette de quart, celle qu’on allume pour se donner du courage, se consume à une vitesse folle dans le vent qui hurle inlassablement. Ce vacarme qui rend fou, mugissements de l’Harmattan et fracas des vagues, tend les nerfs comme autant de câbles prêts à se rompre. Enfin, au matin du 8 décembre, on distingue les contours de l’île de Sal émergeant de la brume de sable qui réduit la visibilité à moins de 5 milles. Notre calvaire est terminé, après 500 milles d’une éprouvante traversée, nous ramassons les cadavres des poissons volants désorientés qui se sont abattus sur le pont et les abandonnons à Vigo, notre estomac noué par la fatigue repousse le repas à plus tard… Sans un regard pour Sal prisonnière entre un ciel et un océan plombés de gris, nous nous abandonnons tous les 3 au sommeil jusqu’à nouvel ordre...

 

 

 

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Publié dans Cap Vert

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