Les gens de Grand Santi

Publié le par Sparrow

D’une superficie de 2.112 km², Grand Santi n’est accessible qu’en pirogue depuis Maripasoula en amont (5 à 12 h) ou Saint Laurent du Maroni en aval (6h à 2 jours selon le niveau du fleuve). Il est possible d’affréter un petit avion à ses frais pour +- 500 euros. Quant à l’hélicoptère du Samu, il ne se déplace que pour évacuer des patients en état critique, pour peu qu’il ne pleuve pas ou qu’on les prévienne avant 16h… L’isolement est donc quasiment total, puisqu’il n’existe aucune route en dehors des pistes de terre battue au sein du village.

La population est estimée à 3.000 habitants, et se compose en majorité de N’Djukas, descendants des « Nègres Marrons » ayant fui l’esclavage au Suriname. Malgré le développement de la commune, les N’Djukas gardent un mode de vie très ancré dans la tradition animiste, ayant souvent recours aux soins (bushi deeshi) du « Bushi Data » (guérisseur), craignant les maléfices des Whishis (mauvais esprits), contre lesquels ils emploient une large panoplie de gris-gris. Leurs croyances trouvent un écho supplémentaire dans les églises catholique, adventiste et chez les Témoins de Jéhova, dont les doctrines plus laxistes leur permettent d’assouplir quelque peu les préceptes de la religion animiste…

Les N’Djukas sont très dignes, mais restent faciles d’accès et sont bien souvent prêts à nous expliquer les multiples facettes de leur culture, pour peu qu’on s’y intéresse. La communication n’est malheureusement pas toujours facile, très peu parlent le français. Le dialecte local est le « Bushi Nenge Tongo », mélange d’anglais et de néerlandais avec des « i » et des « ou » à la fin des mots… « Ouéki, fa you go ? You abi foukowtou ? You wanni deeshi fou édé ati ? » etc … (Bonjour, comment allez vous ? Vous avez un rhume ? Vous voulez des médicaments pour le mal de tête ?). On commence à se débrouiller tout doucement, c’est l’immersion totale !

Il arrive que nous recevions la visite des chercheurs d’or brésiliens, parfois accompagnés de leurs femmes. Ceux-ci descendent des sites clandestins d’orpaillage dissimulés dans la forêt afin de retrouver quelques heures la compagnie des hommes. La vie de la jungle est dure, et ces courageux aventuriers profitent de leurs jours de repos pour se repaître de rhum au café du village, faire panser leurs plaies de lèpre ou de leishmaniose, et répandre quelques maladies vénériennes. L’accueil que leurs réservent les N’Djukas reste très froid, quand il ne dégénère pas en bataille rangée… Dont l’arbitrage se termine malheureusement au dispensaire !

Le village compte également quelques européens, principalement enseignants pour les écoles primaires ou le collège de Grand Santi, gendarmes, personnel de l’EDF ou membres du dispensaire. Nous habitons d’ailleurs le quartier surnommé « Johannesburg », en raison de sa grande concentration de blancs et de couples métisses !

Parmi eux, nous avons la chance d’avoir rencontré :

-         Gabriel et Caroline, enseignant et infirmière de notre âge, passionnés de nature, d’aventure et d’escapades en pirogue.

-         Wulfert, Pablo et Christine, une jolie petite famille belgo-hollandaise. Wolf est médecin au dispensaire, Christine enseigne au Suriname et Pablo fait des bêtises…

-         Mickael, Rémi, Maléna et Sandrine, nos voisins bien aimés. Micka est infirmier depuis 7 ans à Grand Santi, justicier au grand cœur il se démène pour assurer la continuité des soins de « ses » patients malgré le turnover accéléré des équipes médicales, tandis que Sandrine donne cours avec persévérance à la jeunesse turbulente du village, et que Rémi et Maléna, à peine plus hauts que 3 pommes, mettent le quartier à feu et à sang… On attend avec impatience le petit dernier !

-         Adam et Maryse, il est orpailleur, elle est infirmière, ils éclatent d’énergie et de positivisme, on les adore !

-         Angèle, Anna et Izaak, nos aides soignants locaux, efficaces et pleins d’attentions, ils sont toujours prêts à nous apprendre les particularités de la langue et de la culture des N’Djukas, sans oublier leur cuisine, qui vaut largement le détour !

-         Béa, notre cadre de santé, est un petit bout de femme pleine de vie qui dit et fait ce qu’elle veut, et c’est tant mieux !

-         Milton, Tidiane, Lilou et Marlène, nos plus proches voisins. Marlène est enseignante, Milton, son mari, est un enfant du village, ils sont les heureux parents de deux petits poussins au teint cuivré.

-         Ewald, Jenner et Frédérique, nos voisins de devant. Frédérique est enseignante au collège, Ewald gère une petite entreprise locale, et Jenner, leur fils adoptif, est un intrépide chenapan.

-         Le gang des enseignants célibataires : Thomas, Mathieu, Gilles, Guillaume, Jean-Marc… Adeptes du volley-ball, et de la bière post volley-ball, puis de l’apéro post-bière, puis du joint post-apéro… Une fine équipe de joyeux drilles !

-         Nos petits monstres adorés : Malik, 6 ans, et Thomas, 8 ans

Publié dans Guyane Francaise

Commenter cet article