Milles....Escales

Guyane Française

Cayenne, Maripasoula, Twenké, Antecume Pata, Grand Santi

Grenadines

+ 290 mn = 6270 mn

Ste Lucie (Rodney Bay, Marigot Bay, 2 Pitons, Soufrière), St Vincent (Wallilabou, Young Island, Cumberland), Baliceaux, Mustique, Mayreau (Salt Whistle Bay, 3 Anses Bay), Tobago Cays (Barradal, Petit Rameau), Palm, Petit Saint Vincent, Carriacou (Saline Island, Sandy Island), Union (Clifton, Chatam Bay), Bequia (Admiralty Bay)

Martinique

+ 2120 mn = 5980 mn

Le Marin, Grande Anse d'Arlet 

Cap Vert

+ 620 mn = 3860 mn

Sal (Palmeira), Sao Nicolao (Tarafal), Sao Vicente (Mindelo)

Sénégal

+ 900 mn = 3240 mn

Dakar, Casamance (Karabane, Niomoune, Ziguinchor, Affiniam, Djilapao)

Canaries 

+  380 mn = 2420 mn

Lanzarote (Graciosa, Naos, Arrecife, Papagayo), Fuerteventura (Lobos, Sotavento), Tenerife (Santa Cruz), Gomera (Suarez, San Sebastian)

Archipel de Madère

+ 670 nm = 2040 mn

Porto Santo, Madère, Selvagens

Portugal 

+ 280 mn = 1370 mn

Viana do Castelo, Leixoes (Porto), Berlenga, Cascais (Lisbonne)

Espagne

+ 440 mn = 1090 mn

Camarinas, Muros, Bayonne, Cies

France Atlantique

+ 250 mn = 650 mn

Morbihan : Belle Ile, Houat, Groix, Lorient, Port Navalo, Crouesty

Bretagne Sud : Port-La-Forêt, Beg Meil, Benodet, Glénans, Concarneau

Bretagne Nord : Bréhat, Lézardrieux, Tréguier, Aber Wrac’h, Camaret

Manche 

+ 400 mn

Blankenberge, Nieuwport, Dunkerke, Boulogne, Dieppe, Fécamp, Cherbourg, Guernesey

Escaut

Linkeroever (Anvers), Hansweert

Images aléatoires

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Vendredi 13 avril 2007

Martinique, le 12 mars 2007, 8h du matin. Entre mes doigts je serre la main de Sébastien, nous filons vers l?aéroport dans la voiture de Sandrine. Un dernier virage, le temps d?apercevoir l?éclat d?une coque bleue dans la baie en contrebas, mon regard se brouille. Je sais ce que j?abandonne, j?ignore ce qui m?attend?

Guyane, une dizaine d?heures plus tard. Je me surprends à penser que nous ne verrons plus l?océan avant longtemps, nous venons d?atterrir dans une stratosphère de verdure? D?où jaillit une ville, ou plutôt un gros village : c?est Cayenne, capitale de la Guyane Française. Nous transbordons notre bardas dans la voiture de location fournie par notre nouvel employeur : le C.H.A.R. (Centre Hospitalier Andre Rosemon). En effet, d?ici quelques jours je commencerai à exercer la médecine curative au Dispensaire de Grand Santi, tandis que Sébastien y assurera le suivi des femmes enceintes et la vaccination des enfants en bas âge. Pour l?heure, nous faisons route vers notre première nuit d?hôtel, sous un ciel menaçant et lourd, déversant des trombes d?eau à chaque fois qu?il s?égratigne aux doigts griffus de la canopée. Après un an de vagabondage, nous prenons notre premier repas chinois à emporter devant les émissions de Canal +, ne sachant pas s?il faut en rire ou en pleurer? S?ensuivent quelques jours d?activité débordante : il faut rencontrer nos futurs collaborateurs, s?acquitter des corvées administratives, acheter et empaqueter la nourriture de base pour 2 mois, s?équiper en hamacs, moustiquaires, bottes? On se perd dans les listes surchargées de choses à faire, aussi sûrement que dans les rues encombrées de Cayenne. Le calvaire prend fin dans le coucou d?Air Guyane, qui nous arrache aux terriens pour nous emmener quelques centaines de mètres au-dessus de la voûte de la jungle, couverture verte veinée de cours d?eau marron, d?où émergent ça et là des villages aux ruelles rouges de latérite et des reliefs montagneux bleutés, abritant contre leurs flancs des sites d?orpaillage clandestins. C?est ici que tout commence et que tout prend fin, la vie trépidante de tout ce continent amazonien, clameur étouffée par le silence des grands arbres et le bruit des insectes, noyée sous les rideaux de pluie et les rayons du soleil. Mais il est déjà temps de retoucher terre, la piste de bitume se perd dans la jungle et l?atterrissage fait perler quelques gouttes de sueurs froides.

Maripasoula, le 18 mars 2007. Ici bas tout est rouge : la terre, le fleuve, les routes, le bas de mon pantalon, et le visage des blancs. Une jeep nous emmène jusqu?à la maison que nous occuperons en colocation avec Manue, le temps de notre mission de remplacement. Le C.H.A.R. nous a recrutés pour une semaine chacun, à la place d?une collègue partie en vacances, ce qui nous permettra de nous remettre en selle avant de prendre notre poste définitif à Grand Santi. L?accueil que nous réservent Manue (baroudeuse sans frontières, patience d?ange et infirmière inspirée) et Gaëlle (la voisine du bas, mais aussi la meilleure sage-femme que nous ayons rencontré, peut-être pas très sage, mais très femme !) nous permet de nous insérer en douceur dans cette nouvelle vie, nouveau climat et nouvelles habitudes. Elles deviennent, le temps d?une grosse semaine, nos potes de guindaille, nos guides dans le bourg et nos plus proches confidentes (Un grand merci à toutes les deux !). Après une rapide présentation de l?équipe et du fonctionnement du dispensaire, je me lance dans la pratique médicale que j?avais désertée depuis plus d?un an? Et le virus me reprend : accueillir, écouter, comprendre, questionner, répondre, rassurer, panser, soigner, toute cette dynamique, mécanique, pour l?or de parvenir, trop rarement, à guérir? Nous avons, je crois, fait le bon choix. Sébastien m?abandonne, remontant le fleuve pour faire la tournée médicale dans les villages amérindiens de Twenké et Antecume Pata. Ensuite, c?est son tour de jouer au Docteur, et il y prend goût lui aussi. Je découvre un nouveau visage de l?homme que j?aime, qui se révèle passionné et motivé pour chacun de ses patients, attentif à ce que leurs individualités culturelles soient prises en compte et respectées. En effet, le brassage ethnique est tel sur le fleuve que nous côtoyons en plus des Bushi Nenges Bonis qui sont ici chez eux, des Amérindiens arrachés à la forêt et des orpailleurs brésiliens accompagnés d?une quirielle de prostituées joviales. Tout ce petit monde se fréquente le moins possible, et les mélanges accidentels donnent bien souvent des cocktails détonants, qui se règlent à coups de poings, coups de couteaux et même coups de feu? Heureusement, chacun d?entre eux accueille avec plaisir les médecins du dispensaire, car l?accès à la santé est gratuit. Les jours s?écoulent au rythme des consultations. Nous commençons le matin à 9h et terminons souvent avant 14h30, ce qui nous laisse le temps de découvrir le fleuve en kayak avec Manue et Gaëlle, le marché, et les différents quartiers du village. Le soir, nous partageons nos repas avec les filles de la coloc?, lançant la mode des barbecues arrosés au Ti-ponch. Mais le temps passe vite, et nous voilà déjà repartis sur le chemin tortueux qui nous mènera à Grand Santi, lieu de notre affectation définitive.

Saint Laurent du Maroni, le 29 mars 2007. Après un rapide saut à Cayenne, et une longue matinée de route à travers la jungle, nous voici rendus aux portes du fleuve, que nous devrons remonter dès demain. Saint Laurent me fait l?impression d?une ville frontière : charnière à la lisière de « l?enfer vert », en bordure de l?océan? On trouve tout et n?importe quoi dans ces ruelles poussiéreuses et rectilignes, tout sauf l?âme d?un peuple qui se perd au fond du regard borgne des taudis aux fenêtres condamnées. La pirogue déjà surchargée nous lorgne du bout de la jetée pourrissante. L?horizon menaçant se couvre de lourds nuages de pluie, tandis que la forêt sombre dans le silence, chacun se terre, attendant l?averse. Nous embarquons avec notre demie tonne de bagages, matériel et ravitaillement divers, accompagnés du Dr Flavien Rigoir (médecin en charge de la Prévention Maternelle et Infantile à Grand Santi, futur initiateur de Sébastien), puis l?ondée s?abat sur nous, masquant les rives du fleuve qui ont peine à émerger de la grisaille ambiante. Paysage d?apocalypse, la pluie battante est assourdissante, sous la bâche qui nous recouvre, nous nous tenons tassés les uns contre les autres, mais la pluie s?infiltre partout, et nous attendons avec impatience la fin du déluge. La jungle se dévoile sous nos yeux, lançant à notre rencontre ses innombrables tentacules de verdure, ne s?écartant que pour nous laisser le temps d?entrevoir l?esquisse d?un village perdu au milieu de nulle part. Car nous ne sommes nulle part, nous voguons sur une frontière fictive entre deux parties d?un même monde : entre France et Suriname, l?administration a tracé une ligne qui accorde des droits différents aux habitants des rives droite et gauche, créant des jalousies, des luttes intestines et des crises politiques insolvables, ajoutant encore son lot de difficultés au quotidien de ces peuples dont la survie dans cet environnement hostile est déjà en elle-même un fameux exploit. Après avoir franchi une longue série de rapides, que l?on nomme ici des « sauts », on aperçoit au loin le massif des « Montagnes Françaises », signe que nous touchons bientôt au but. Mais la pluie nous inonde à nouveau, et c?est enveloppés sous la bâche et les gilets de sauvetage que nous faisons notre entrée à Grand Santi.

Grand Santi, enfin. En gage de bienvenue, le ciel nous offre une trêve, le temps de mettre nos fournitures à l?abri. Avec l?aide de Flavien et Maryse (infirmière et future collègue), nous emménageons provisoirement dans l?appartement qui surplombe le dispensaire, en attendant que les médecins dont nous prenons le relais libèrent note maison. Nous voici redevenus terriens, c?est une nouvelle vie qui commence? 

Par Sparrow - Publié dans : Guyane Francaise
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